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El Ensemble Al-Kindî
 

Un concert de l’Ensemble Al-Kindi sous la direction de Julien Jalal Eddine Weiss est toujours l’occasion de découvrir les plus belles voix du monde arabe. Installé depuis quelques années dans un ancien palais mamelouk du vieil Alep, ce maître du qanoun, suisse alsacien, consacre désormais son temps aux trésors de la musique arabe.

Ce concert marquera la première venue en Europe de Sheikh Habboush, né en 1957 dans une famille religieuse et mélomane. Il est un des rares chefs de confrérie soufie à avoir pu, grâce à l’hérédité, développer sa vocation lyrique plus que sa vocation théologique. Son père l’a choisi, parmi ses nombreux frères, non seulement pour son élan spirituel mais aussi pour la beauté de sa voix. Il lui permet d’étudier à l’âge de dix ans auprès du maître Abdel Kader Hadjar. A seize ans, Ahmed chante dans les maouled avant de devenir mounshid professionnel à vingt ans. A trente deux ans, il prend finalement la succession du père.

LE SOUFISME À ALEP

Alep est un lieu important du soufisme depuis le 13ème siècle, lorsque les souverains de la dynastie Ayyoubide commencèrent la construction de couvents soufi (khanaqa) et de logements (zawiya, pl zawaiya) en vue de faciliter leur politique d’encouragement de l’islam sunnite face à la double menace du chiisme d’Ismaël et des croisés. Alep était un carrefour culturel en raison de sa situation géographique et de son rôle de centre commercial vers lequel convergeaient les caravanes venant d’Anatolie, d’Iran, de Mésopotamie et de Syrie du sud. Cet environnement cosmopolite se retrouve dans les caractéristiques doctrinaires et rituelles du soufisme tel qu’il fut pratiqué à Alep, et qui fit fusionner les tendances mystiques et les cultures arabes, turques et perses.

Aujourd’hui, malgré les défis sociologiques et culturels créés par l’industrialisation et l’urbanisation de la société syrienne ainsi que l’expansion des idéaux d’un nationalisme traditionaliste et d’un réformisme islamique, le soufisme en Syrie conserve toute sa vitalité et montre des signes évidents de renouveau interne et d’expansion. Il est certain que des zawiyas et des pratiques soufies déclinèrent ou disparurent purement et simplement sous l’influence grandissante des idéaux séculaires et de l’Islam Salafi, hostiles au soufisme. La nationalisation des awqaf (encadrements religieux) par l’état détruit les bases économiques de nombreuses activités soufies. Néanmoins, de nombreuses zawiyas traditionnelles demeurent actives à Alep et de nouvelles zawiyas virent le jour au cours des dernières décennies, étendant les activités soufies au contexte moderne par delà la vieille cité. La permanence et l’expansion du soufisme à Alep montrent qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre les croyances et les pratiques soufies et la modernité. Bien plus, l’idée que le soufisme serait une tendance religieuse marginale ou simplement un Islam populaire ne tient pas en Syrie où ses rituels forment une large part de l’expression publique de l’Islam et dont la doctrine attire de nombreux adeptes dans toutes les couches de la société syrienne. Le meilleur exemple de la place centrale qu’occupe le soufisme dans l’Islam syrien est fourni par le sheikh Ahmad Kuftaru, qui est à la fois le leader officiel de l’Islam sunnite comme grand mufti de Syrie, et le guide suprême de l’ordre soufi connu sous le nom de sheikh de la tariqa Naqshbandiyya Kuftariyya.

LA ZAWIYA DU SHEIKH HABBOUSH

Le Sheikh Habboush a hérité du  savoir mystique de son père, lui-même sheikh soufi. Il fut initié à plusieurs traditions mystiques, mais les tariqas Qadiriyya et Rifa’iyya sont les principales sources de son enseignement mystique et de la structure rituelle de son dhikr. (rituel soufi, litt : remémoration du nom de Dieu). L’influence Rifa’i est perceptible à travers la présence dans sa zawiya de broches d’acier utilisées pour l’exécution du darab al’shish. Bien qu’habilité par son initiation Rifa’iyy à diriger le darab al’shish, il préfère le plus souvent d’autres modes d’évaluation des progrès de ses disciples dans la voie mystique.

Sheikh Habboush sait transmettre l’extase mystique wajd à son auditoire grâce à son charisme étonnant. Son enthousiasme et sa passion se libèrent dans l’expression jubilatoires de ses vocalises. Etre à la fois chantre soliste (mounshid) et Sheikh est fort peu courant dans les traditions initiatiques des confréries soufies de Syrie. A l’instar des nombreuses confréries d’Alep, lieu de dévotion, de formation et d’émulation pour les jeunes chanteurs, il reçoit, un jour par semaine, ses adeptes, artisans ou commerçants du souk.

Chaque mercredi soir les disciples et les adeptes se rassemblent dans la zawiya située près de Bab al-Hadid, dans la vieille ville d’Alep, afin de prendre part au dhikr.. Sa zawiya est une vaste maison traditionnelle du vieil, dans le quartier des ferronniers. Autour de l’inévitable patio central et de son bassin se trouvent les chambres où logent ses quatre femmes et ses vingt trois enfants. Une grande pièce rectangulaire couverte de tapis est consacrée au rituel hebdomadaire : un concert spirituel (samaa) composé de suites vocales d’anashids dinyia (chants mesurés), de qaçidas et d’ibtihals (improvisations vocales solistes) ;

Pendant le Sama, le sheikh Habboush chante des poèmes mystiques à propos de l’amour de Dieu et du prophète. Ces chants doivent imprégner l’auditoire des émotions favorables aux états mystiques qui rapprochera de Dieu. Le sheikh Habboush est versé dans l’art du inshad (chant mystique) et sa faculté à captiver son auditoire grâce à la beauté de son chant, le pouvoir de sa voix et l’originalité de sa performance sont célèbres dans tous les cercles soufis d’Alep. Puis le dhikr, scansion répétitive du nom de Dieu  sur un ostinato progressant par degrés jusqu’à la transe, accompagné de percussions, douff et cymbales tous les participants se lèvent et entament la partie finale du dhikr, exécutant des mouvements d’avant en arrière et psalmodiant Allah au son des tambours et des cymbales. Le dhikr prend ainsi fin et le sheikh Habboush fait un sermon. Des sucreries et du thé sont servis aux participants en témoignage de l’hospitalité du sheikh. Après une petite conversation et un dernier message du sheikh, les participants quittent la zawiya pour regagner leurs foyers convaincus d’avoir renoué leurs liens avec le divin. Une ambiance que Julien Weiss connaît bien. Ce concert, né d’un projet musical entre les deux hommes, témoignera d’une amitié profonde soudée par la musique.

DISCOGRAPHIE:

TRANSE SOUFIE D’ALEP – SHEIKH HABBOUSH ET L’ENSEMBLE AL KINDÎ
© 2003 2 CD + livret de 48 pages Distribution : Chant du Monde/Harmonia Mundi

Les Croisades sous le Regard de l’Orient – Omar Sarmini et l'Ensemble Al-Kindi
Musique arabe et poésie du temps des croisades
© 2001 - 2 CD + livret 56 pages – Le chant du Monde – Distrib. Harmonia Mundi

Les Derviches Tourneurs de Damas - Sheikh Hamza Shakkûr et l'Ensemble Al-Kindi
Liturgie soufie de la Grande mosquée des Omeyyades
© 1999 - 2 CD + livret 56 pages – Le chant du Monde – Distrib. Harmonia Mundi - CMT 574 1123 24

Le Salon de Musique d'Alep - Sabri Moudallal, Omar Sarmini et l' ensemble Al-Kindi
L'Art du Muwashshah, Chant Classique Arabe
© 1998 - 2 CD + livret – Le chant du Monde – Distrib. Harmonia Mundi - CML 574110

 

L’ENSEMBLE AL KINDÎ

Fondé en 1983 par le virtuose français de la cythare arabe (qânûn) Julien Jâlal Eddine Weiss, résident à Alep, Al-Kindi s’est imposé comme l'un des meilleurs ensembles de musique classique arabe pour la qualité de son interprétation et pour la rigueur de son travail sur les traditions musicales classiques du Proche et du Moyen Orient.

Le travail de JJ Weiss a su donner un sang nouveau à la musique arabe, et le fidèle public mélomane a su apprécier la place donnée au génie intuitif des grands instrumentistes solistes qui composent l’ensemble Al-Kindi, tels que le luthiste alépin Mohamed Qadri Dalal, le flutiste damascène Ziad Kadi Amin, le percussioniste égyptien Adel Shams el-Din, et le joueur de joza irakien Mohamed Gomar Al-Bawi. Au qanoun, la cythare orientale et à la direction artistique, Julien Jalal Eddine Weiss.

Accompagné par les meilleurs chanteurs de Syrie, et d'Irak, il présente différents répertoires de chant classique profane et religieux, nous faisant redécouvrir l'art musical savant et raffiné de ces cultures ancestrales.

En janvier 2004, l’ensemble Al-Kindi a fêté les 20 ans de sa création par deux concerts-évenements au Théâtre de la Ville (Paris).

 

BIOGRAPHIES

Julien Jalâl Eddine WEISS. Français, d'origine alsacienne et suisse, né à Paris en 1953, il se convertit à l'Islam en 1986. Devenu un virtuose de la cithare sur table (qânûn), après avoir suivi depuis 1977, l'enseignement de maîtres égyptiens, tunisiens, turcs, libanais, syriens et irakiens, il mêne une carrière à la fois de soliste et d'accompagnateur au sein de l'ensemble Al-Kindi qu'il a fondé en 1983.

Son dynamisme à l'affût de voix arabes inconnues de l'Occident qu'il accompagne, ou qu'il enregistre, l'a conduit à devenir le trait d'union idéal sur le plan du concert entre ces deux mondes.

Ce lien s'est davantage solidifié depuis qu'il s'est établit à Alep dans un palais mamelouk du XIVème siècle où il organise régulièrement un salon de musique traditionnel dont la réputation ne cesse de s’étendre bien au delà des frontières syriennes ; amateurs, mélomanes alépins et visiteurs de passage y sont conviés à apprécier dans un cadre intime et amical les délices de la musique arabe savante.

Perpétuellement en tournée avec son ensemble, il ne cesse de parcourir les plus grandes villes d’Europe (Paris, Londres, Bruxelles, Barcelone…) et le Monde (du Brésil à l’Australie, en passant par les Etats Unis, les Emirats, le Maghreb et le Moyen-Orient…) avec ces illustres voix d'Orient les alèpins Omar Sarmini et Sheikh Habboush, le damascéne Sheikh Hamza Chakour mais aussi l'irakien Hussein al-Aczamî, et le tunisien Lotfi Bouchnak.

En 2001, il a été honoré du titre d’Officier des Arts et des Lettres par Catherine Tasca, Ministre de la Culture.

Ziyâd Qâdî AMIN. Flûtiste damascain, élève de Abdelsalam Safar, il est considéré comme le meilleur interprète de la flûte de roseau nây, en Syrie. Il est intégré depuis quelques années à l'ensemble al-Kindi et participe à ses tournées en Occident.

Muhammad Qadri DALAL. Né en 1946 à Alep, ce virtuose du luth arabe (Oud), est devenu une notoriété musicale dans son pays. Il est le dépositaire du style du luth alépin, issu de l'école turque, à la recherche d'une sonorité veloutée et ronde, et possède une connaissance encyclopédique du répertoire traditionnel.

Adel SHAMS EDDINE., Né en 1950 au Caire, résidant en France, ce percussionniste égyptien est un des piliers de l'ensemble Al-Kindi depuis sa fondation, dont il est devenu l'incontournable accompagnateur. Sa parfaite maîtrise des cycles rythmiques les plus complexes en font un interprète respecté du riqq (tambourin à cymbalettes).

PRESSE – Sélection

LE MONDE DE LA MUSIQUE – « CHOC » FEVRIER 2004
Double CD "Transe Soufie d'Alep" Sheikh Habboush et l’ensemble Al-Kindi.
On atteint là une manière de perfection dans l’équilibre entre la sensibilité savante d’Al-Kindi et le terreau culturo-religieux qui environne l’ensemble à Alep.
Un très, très beau disque.
Bertrand Dicale

LIBERATION – JANVIER 2004
Al Kindî s’est associé dans ce double album (dont le livret est une remarquable présentation des ordres soufis) à Sheikh Habboush, maître de confrérie qadiriyya d’Alep  et héritier de l’enseignement mystique de son père. Sheikh Habboush chante d’une voix captivante hymnes religieux et autres évocations qui mènent l’adepte à l’extase. La psalmodie devient plus intense quand elle est au centre des rituels de transe qui passent du murmure à la véhémence spectaculaire du chant et des corps et s’achève dans la plénitude. Un disque élégant qui puise ses sources dans cet islam populaire que condamne les tenants du rigorisme et les doctrinaires salafistes.
Bouziane Daoudi

L’ORIENT LE JOUR – AOÛT 2003
Applaudissements nourris d’un public chauffé à blanc. Jamais la musique arabe, profane et sacrée, le cadre et le firmament de Baalbeck n’ont fait un mariage aussi réussi et heureux.
Edgar Davidian

L'EXPRESS - JANVIER 2002
Contrairement à la musique occidentale, la musique arabe n'a guère changé dans sa forme depuis l'âge d'or de sa civilisation (entre le XIe et le XIIe siècle). Contre toute attente, la transcription qu'en fait Julien Weiss est accessible à toutes les oreilles, même non initiées. Sur scène, le groupe est absolument fascinant. De ferveur, d'élégance et de musicalité.

 

PROGRAMME DU CONCERT

1'45 sans entracte

I.                   MAOULED

1 –     Ta’tira

            Salawat (prières) – Abdu Kader Masarani

2 -        Wasla Rast

·Bachraf Rast

·mouwashshahat Diniyé

·Attani Zamani bima artadi

·Allah houmma salli, ala Mohammed

·Ataba iqm joubi

·Atani Zamani

3-         Taqsim Qânun RastJulien Jâlal Eddine Weiss

4 -            Qaçida : Ahmed Habboush

5 -        Wasla Bayati

·         Al’Ard

·         Ya Mohammed, Ya Nour al Qoul

·         Mohammed, Mohammed

II.                DHIKR

1.      Façil Al Jilala

·         Qaçida falat Habboush – maqam Sikah

·         Assalatu ‘ala al Mouzalal

·         Yarima najd oua ‘adan

·         Tarqiyat al madad ba’da al Jalala

·         Lama sakani saqi al qawm

·         Ya mawjoud wa al woujud

·         Oukhaya  – oukhaya

·         Jud ya khatir al ghofran

·         Ala al naoua

·         ‘aynou al ‘ayouni Mohamad

·         ma’lafdh al Jalalah  

 

    2.      Façil Maqsum

·         Taqsim ûd Bayati – Mohamed Qâdri Dalal

·         Qaçida falat – Ahmed Habboush

·         Subhana man Dhakarahou

·         Hayaja al achouâq

·         Ya Rabbana

·         Koullouma roumtu irtichafa

·         Rif â’î layya

·         Djaylani ya djaylani ya

·         Bayna al naga

·         Min mekka oual baytulamjed

·         Moubarga’ al jamal

·         Ya samiri da’a çabri

·         Ya rabbi nadhra I laya

3.      Façil Aççawi

·         Qaçidah Habboush

·         Maddadiyât Habboush

·         Qaçida maouzouna bil çawi

·         Entun furudi wa zukhri

·         Yaleylata al uns ‘udi lana

·         Nasmat hawat laha aradj

4.      Façil Al-Khammar

·         Maqâm Hijaz

·         Qâsida Sabaoui

·         Wamin a dabi anna aççawarima wal qana

·         Min ghan’el balabil wanaoha al hamam

·         Yâman yara wala youra

5.      Façil Al-Bahloul

·         Maqâm bayâti La

·         Ya qalbi sirk billah – zamân zamân

·         Koul yâ ‘azim antal ‘azim

·         Khatam al zikr waddoa  

 

   Más información y otras producciones del grupo


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